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Cas d’école avec « Someday » de Cece Rogers, cet exemple parfait de house music à piano, qui semble résister aux affres du temps depuis les années 80 – en plus de se faire sampler par tout un tas de gens plus ou moins salement.

L’été dernier, lors d’une soirée,

Quelqu’un a pris une photo de ma meilleure amie et moi sur un appareil photo jetable. J’étais assise en équilibre sur ses genoux et je portais un T-shirt des Damned. Elle regardait l’objectif et faisait un signe de la paix avec ses doigts. Comme quand quelqu’un vous prend en photo sans prévenir. Quand la photo a été publiée, j’ai ressenti une vague d’émotion difficile à définir. Ce n’était pas exactement de la nostalgie, plutôt de la nostalgie de quelque chose qui ne finissait même pas encore. Nous avons l’air si jeunes sur cette photo, ivres et joyeuses. Cela représente bien la mi-juillet. Quand je regarde cette photo, je me sens vivante, tout en étant consciente de ma propre mort. Je m’y sens bien et j’ai envie d’y rester un peu plus.

Peut-être avez-vous déjà ressenti ça, vous aussi. En faisant des recherches, j’ai trouvé que la « nostalgie anticipative » est le terme qui se rapproche le plus de ce sentiment. Or il n’exprime pas pleinement la qualité douce-amère, rose et bleue, des émotions. Encore une fois, peut-être que ce genre de choses ne peut pas être expliqué avec des mots. À la place, nous nous tournons vers d’autres mediums, comme le son, l’image, ou le mouvement. Plus précisément : il y a ce petit air de piano que vous avez sûrement déjà entendu.

Originellement composé en 1987 par Marshall Jefferson pour Cece Rogers. Retravaillé pour le remix plus connu de Liquid, « Sweet Harmony », sorti cinq ans plus tard. Puis de nouveau transformé pour le morceau « Finally » de Cece Peniston… Cet ensemble d’accords évoque, selon moi, un million de choses à la fois. Comme la chaleur, la perte et le désir, surtout à partir d’une minute 20 (ci-dessous).

Cece Rogers – Someday
« Cet air de piano existait déjà avant que Rogers ne le chante », selon Jefferson.

Dans une interview avec Test Pressing, le producteur influent de Chicago explique que le morceau « traînait » dans les studios et qu’au bout d’un moment, il a amené Rogers en studio pour qu’il enregistre une chanson en une seule prise « sensationnelle ». Une fois le morceau enregistré, Marshall l’a fait écouter à Atlantic Records qui a signé Rogers sur-le-champ. Faisant de « Someday » le premier morceau house produit par une major.

Celui-ci s’est vendu à des millions d’exemplaires. La version de Liquid (ci-dessous) est sortie peu de temps après et s’appuyait fortement sur cet air de piano, tout en accentuant la voix de Rogers de façon à ce que les mots « sweet harmony » se répètent et « coulent » tout au long du morceau comme du lait condensé sur une tarte aux pommes. C’est un morceau à la fois doux, froid et euphorique, qui met cet air de piano au-devant de la scène.

Liquid – Sweet Harmony

Évidemment, ce n’est pas l’unique air de piano qui prend ces émotions complexes et tourbillonnantes et les traduit en quelque chose de sporadique et immédiat. Loin de là : l’une des grandes caractéristiques de l’acid house piano, c’est, en général, de mélanger les influences jazzy des accords majeurs et mineurs en la. Pour créer cet effet de froid et de chaud. Prenez par exemple le hit de Baby D de 1992 : « Let me Be Your Fantasy ». Il vous prendra aux tripes dès que vous entendrez ces notes de piano (tinnn tin tin tin tin, tin, tintintin). Vous aurez l’impression que toutes vos amours et toutes vos pertes se distillent et s’évacuent en même temps.

Mais je ne suis pas en train de vous faire une leçon d’histoire sur la house à piano – déjà. Je ne suis pas qualifiée pour le faire et, en plus, il existe des documentaires bien plus complets sur le sujet. Des docs qui tissent la toile de l’univers des dancefloors des communautés noires et queer de Chicago, aux rues gelées de Détroit et au-delà. Ce que je veux dire par là, c’est que « Someday » n’est pas une anomalie, mais bien l’essence parfaite de ce qui fait du genre originel une musique si touchante.

Cet air de piano était destiné à être utilisé ailleurs.

Pas mal de gens connaissent « Finally », de Cece Peniston, sorti en 1992. Et si vous écoutez attentivement le mix souvent joué de David Morales. Vous entendrez une version revisitée et approximative des lignes de piano et de basse de « Someday ». Il est clair que ce morceau de Cece Pinston claque, mais à mon avis, on ne peut pas le comparer à ses incarnations originelles.

C’est quelque chose de différent, de plus simple et optimiste, qui ne comprend plus les éléments bleus et froids de l’original. Puis il y a la version drum’n’bass de « Sweet Harmony » de Danny Byrd, sortie en 2010 sur Hospital Records, qui a été classée 6e dans les charts au Royaume-Uni. Je suis certaine qu’il y a des gens qui apprécient cette version. Mais, selon moi, c’est comme si quelqu’un avait retiré cet air de piano et l’avait assommé plusieurs fois avec une dalle de béton.

Ce Ce Peniston – Finally (Choice mix)

En général, il est toujours difficile de décrire des émotions qui transcendent toute explication, n’est-ce pas ? Comme l’a écrit Ryan Bassil dans son analyse de « Plastic Love » de Mariya Takeuchi, une chanson pop japonaise des années 1980 : « Les mots peuvent s’avérer totalement inutiles, voire superflus en musique. Ou bien ils agissent comme une sorte de bouclier grâce auquel une chanson préalablement vide de sens deviendra significative parce qu’elle aura décrit une émotion. »

Quand, par exemple, j’ai regardé cette photo de mon amie et moi, j’y ai vu plusieurs choses. Il y avait le passage du temps, le spectre de la faucheuse. Il y avait aussi la gratitude d’être en vie, la tristesse face au fait que cela ne durera pas pour toujours… Tout cela combiné à quelque chose de difficilement retranscriptible et atteignable. Mais que nous pouvons tout de même entendre et ressentir à travers un air de piano.

Cet article a d’abord été publié sur Noisey UK.

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